Orientation après le bac : le stress du choix

L’orientation après le baccalauréat est le grand embarras que vivent les bacheliers actuellement. Que faire si mes moyennes ne me permettent pas d’accéder aux grandes écoles ? Les diplômes délivrés par les écoles privées pèsent-ils dans le marché de l’emploi ? Et si jamais je n’ai d’autres choix que la fac publique?!  Autant de questions qui hantent les bacheliers. Dans cet entretien, Mohsine Benzakour, Psychosociologue exerçant à Casablanca, nous livre quelques éclaircissements sur le sujet. 
 
Menara : Le choix de l’orientation après le bac est souvent vécu comme un moment décisif dans la vie, un moment d’énorme anxiété. Quel est votre analyse ?
 
Dr. Benzakour:  C’est la représentation que donne l’environnement proche, c'est-à-dire la famille et les amis, du baccalauréat qui est souvent source de stress et d’anxiété. Quand on parle de la préparation d’un examen, c’est ce qui va venir après qui nous angoisse. Le jeune ne va pas choisir ce qu’il veut mais plutôt accepter ce qu’on lui présente. Les bacheliers commencent dès le mois de janvier et jusqu’au mois de mai à préparer des dossiers et les envoyer aux écoles ici au Maroc comme à l’extérieur dans l’espoir de recevoir une réponse favorable ou de réussir les concours d’accès. Ces jeunes là doivent accepter ce qu’on leur propose parce qu’il n’est jamais question de choix.
 
Menara : Comment accompagner ces jeunes pour faire le bon choix au moment de l’orientation ?
 
Dr. Benzakour : Idéalement la préparation du bac se fait dès le premier jour où le jeune met ses pieds au lycée. L’accompagnement se passe graduellement, au fur et à mesure que le jeune évolue. L’orientation est une projection dans l’avenir pour les 5 à 6 années à venir. Et là il faut que le jeune soit accompagné sur le plan pédagogique, parental, psychologique, sociologique… Un adolescent ne peut pas se projeter tout seul dans les 5 à 6 années à venir ou plus. La préparation de l’orientation doit se faire bien avant la 3ème année du bac. Sachant qu’au Maroc l’orientateur ne vient voir les élèves qu’une fois tout au long de leur scolarité au lycée. Je pense qu’il faut aussi parler du niveau d’instruction des parents : est-ce que les parents ont la possibilité d’accompagner les enfants ? Est-ce qu’ils ont un minimum de connaissances ou d’intégration sociale ?  Il y a aussi pas mal de jeunes qui suivent la voie de leurs parents.
 
Menara : De quoi ont- ils besoin le plus, ces jeunes bacheliers? 
 
Dr. Benzakour : Nous savons bien que l’âge de l’adolescence est caractérisé par ce qu’on appelle l’emportement : le caractère impulsif. L’accompagnateur qu’il soit un parent, un professeur, un ami…peut donner ce déclic susceptible d’orienter l’adolescent vers son propre choix... Dans un marché qui lui même n’est pas stable, cet adolescent ne peut pas trancher tout seul dans le choix de la branche ou de l’orientation, dons ce cas là, tout le monde a son rôle à jouer.
Qu’est ce qui se passe après le bac aujourd’hui ? Tout se base que ce que notre adolescent a décroché comme concours. Cela dépend aussi de ses envies, de ses capacités et surtout des moyennes générales qu’il a pu décrocher et qui décident seules de son avenir. Ce qui fait qu’une grande partie des jeunes n’est pas orientée vers ce qu’elle veut parce que la moyenne ne leur permet pas de le faire. Donc ils se dirigent vers l’étude universitaire : la faculté, ce mot qui fait peur. Sachant qu’aujourd’hui la réputation des facultés diminue de jour en jour. En fin de compte, ces jeunes là n’ont pas le choix. Donc j’invite les responsables à revoir ce système basé sur la moyenne afin de donner aux jeunes l’occasion d’exprimer mieux leurs orientations parce que la moyenne n’est pas un critère suffisant.        
 
Menara : Qu’est ce que vous conseillez à ces jeunes qui n’ont autre choix choix que de faire des études génériques à l’université publique ?
 
Dr. Benzakour : J’ai reçu pas mal de jeunes qui ont élaboré tout un avenir rose en espérant accéder à leur école de choix après avoir décroché le bac avec une grande moyenne. Mais malheureusement ils ont été déçus puisque leurs moyennes ne leur permettaient que de s’orienter vers la faculté ; alors ils ont commencé à accuser une déception. A ces jeunes-là je dis : est-ce que pour autant cela mérite de gaspiller sa vie justement parce qu’on n’a pas réussi à décrocher ce qu’on veut ? Non. Chercher l’orientation est une très belle chose, que cela concorde avec nos envies c’est encore meilleur, mais si jamais cela n’arrive pas, ce n’est pas la fin du monde. Il faut accepter la réalité telle qu’elle est, aller au devant justement parce que l’université marocaine n’est pas aussi minable que cela. Des gens de qualité, des universitaires, des économistes, des politiciens y travaillent. Il suffit de voir le bon côté des choses et de positiver pour pouvoir accepter la réalité.                  
 

 

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